Et si respirer était l’ultime geste politique ? C’est le postulat défendu par l’étonnante Chorale du Souffle, pensée par Alessandro Bosetti et présentée dans le cadre du Festival Lips #3 – Souffle. Cette création sonore, à nulle autre pareille, car quasiment dépourvue de musique, regroupe des personnes atteintes de pathologies respiratoires et invite le public à respirer en chœur. 

Toutes les 4 secondes en moyenne, une personne adulte respire pour emplir ses poumons d’oxygène. Contrairement à la marche, ou encore la parole, le fait de respirer ne s’apprend pas : c’est une action innée, car nécessaire à notre survie. Une chose tellement évidente que nous ignorons au quotidien. Jusqu’à un soir de novembre où un mauvais rhume vient nous rappeler son existence – et son importance. 

C’est donc autour de la respiration qu’Alessandro Bosetti façonne sa nouvelle œuvre sonore. Depuis près de vingt ans, cet artiste originaire de Milan explore les secrets de nos cordes vocales. Au travers de la musique, mais aussi des bruits et sons vocaux que nous émettons. Fasciné par les sonorités, il s’intéresse particulièrement aux accents et aux dialectes. Mais aussi à toutes les voix et intonations quotidiennes, qui font que chacune d’entre elles est reconnaissable parmi d’autres. 

Dans Corale del Soffio,sa nouvelle création, Alessandro Bosetti vient mettre en musique ce qu’il décrit pourtant comme « presque inaudible » : la respiration. Composé d’un groupe de patients souffrant de diverses pathologies respiratoires plus ou moins graves, cet étonnant chœur met à l’honneur l’aspect rythmique de cette action quotidienne. En jouant comme un orchestre sur la synchronisation ou la désynchronisation de leurs pulsations respiratoires. À cela s’ajoute la présence de la musicienne Carol Robinson. Son souffle servira cette fois-ci à faire sonner sa clarinette, ajoutant ainsi une touche externe aux respirations. Néanmoins, pour Alessandro Bosetti : « la vraie chorale dans cette œuvre, c’est le public ». 

L’exercice prend alors tout son sens dans sa dimension participative. Comme nous l’explique son créateur, la chorale est en réalité un prétexte pour inviter le public à la rejoindre, en synchronisant leurs inhalations au groupe sur scène et ainsi former une unité rythmique. Alessandro explique : « En y réfléchissant, la respiration abolit beaucoup de frontières. Une fois réunis dans un même espace, nous respirons tous le même air et n’avons pas d’autres choix que de le partager ». Pour lui, menée collectivement, cette action de souffle « qui a à voir avec notre survie » comporte une dimension largement politique. 

Alessandro Bosetti raconte : « Au-delà des multiples conflictualités qui nous divisent au quotidien, on ressent de plus en plus d’isolement à une heure où les outils de communication numériques nous obligent de moins en moins à se confronter au réel. Nos téléphones portables, les réseaux sociaux et d’autres outils effacent peu à peu toute proximité avec nos voix, nos corps – et enfin notre respiration ». Une manière de faire de la respiration le miroir d’un lien social qui doit s’entretenir. Pour collectivement nous offrir un nouveau souffle.

La Chorale du Souffle est à retrouver le samedi 30 mai à la chapelle Venel. Le festival Lips #3 — Souffle, organisé par LABgamerz se tient du 17 au 31 mai à Aix-en-Provence, Châteauneuf-le-Rouge et Port-de-Bouc.

Texte : Paul Jouve-Cargnino
Photos : Maëlle Chamary