C’est tout en légèreté qu’ils défient la gravité. Voilà plus de vingt ans que les membres du Collectif XY parcourent le monde pour mieux le révéler grâce au langage des corps. Une démarche qui allie prouesses physiques et ouverture. Aux autres en général et à l’imprévisible en particulier. Rencontre avec cette compagnie acrobatique, singulière à bien des égards, qui ouvre les 11 et 12 avril la Biennale 2026.
Ne faut-il pas une sacrée dose de confiance et de lâcher-prise pour se hisser à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol, en grimpant sur une tour humaine composée de trois, quatre ou cinq personnes, chacune perchée sur les épaules d’une autre ? En faut-il plus, en faut-il moins, pour décider que la compagnie créée par cinq amis devienne le bien commun de tous ceux qui souhaitent la rejoindre ?
En équilibre
Pour Anne de Buck qui fait partie des six initiateurs du Collectif XY, cette ouverture progressive qui a mené la compagnie à accueillir plus de cinquante acrobates aujourd’hui est avant tout « une grande richesse ». La logique appliquée est même très simple : « l’équipe qui fait l’actualité du collectif prend les décisions pour l’ensemble du groupe, ceux qui étaient là avant et ceux qui seront là après ». Si l’admission est soumise à des compétences, précisons-le, ses membres, eux, ne sont soumis à aucun rapport de hiérarchie. Personne ne possède la structure, au point que les pionniers qui ont quitté l’aventure n’ont plus de droit de regard sur la compagnie. Bien sûr, cette forme d’auto-gestion peut faire naître « un peu de frustration », concède Anne, mais « c’est le jeu, et c’est un jeu vraiment passionnant ».
Pour ne rien simplifier, cette cinquantaine d’acrobates sont répartis aux quatre coins de la France et même de l’Europe. Échanges en visio, séminaire annuel, structuration par commissions ou cercles de travail dédiés à tel ou tel projet… la gouvernance collective est un art d’équilibriste. Et l’équilibre, ils maîtrisent. Au point que les tournées s’enchaînent depuis vingt ans pour le collectif qui affiche plus de 1 500 représentations au compteur. C’est donc à Aix-en-Provence, pour la Biennale 2026 que les acrobates du Collectif XY posent leurs bagages.

Élevons-nous les uns, les autres
Intitulée Élévations, la proposition présentée les 11 et 12 avril, week-end d’ouverture de la Biennale, est coordonnée par Lieux Publics, Centre national de création en espace public, et portée par la Ville d’Aix-en-Provence. Et puisque l’Italie est à l’honneur de cette édition, c’est tout naturellement que le collectif a proposé à la compagnie du Lamparo de l’accompagner en musique. Manu Théron, fondateur de la compagnie et spécialiste des musiques traditionnelles, régionales et populaires de la Méditerranée, sera accompagné de douze musiciens venus d’Italie et d’Occitanie.
C’est sur deux lieux emblématiques de la ville, la fontaine de la Rotonde et le cours Mirabeau, que les acrobates ont choisi de s’élever. Pour préparer ce spectacle unique, un groupe restreint du collectif est venu faire un premier repérage pour « rêver fou », ensuite adapté en « rêver réaliste » pour se conformer aux contraintes de sécurité et aux autorisations obtenues, comme l’explique David Coll Povendano, membre du collectif. In fine, la trentaine d’acrobates dévolus à Élévations auront seulement trois jours pour écrire, apprendre le spectacle et « le mettre dans les corps ».

Voyages, voyages
Mais ces acrobates tout-terrain ne font pas que sublimer les paysages. Ils cherchent aussi à provoquer des rencontres, à révéler les quartiers considérés comme moins beaux, à mettre en lumière ce — et surtout ceux — qui sont moins visibles. Ils s’appuient sur les acteurs locaux, associations, structures sociales pour développer Les Voyages qui prennent la forme de propositions inattendues pour les habitants. David résume le concept : « notre idée, c’est de perturber le quotidien d’un territoire pendant cette semaine ». Ces rendez-vous impromptus seront proposés lors de la deuxième partie de la Biennale, en septembre.
Des voyages offerts à tous et sur place donc, enfin presque, car ici encore, la poésie prend forme dans les corps. Tous les corps. Chacun est invité à s’envoler en étant porté. Un geste universel oublié des adultes, mais que l’on reçoit pourtant beaucoup durant l’enfance. Toujours avec bienveillance et avec l’accord des personnes, les acrobates vont « les porter, les soulever, les alléger de leur poids ». Un mouvement simple qui ouvre à l’inattendu : « on porte tranquillement des gens, mais on les porte jusqu’à des endroits qu’ils n’avaient jamais imaginés », explique David. Un mouvement qui mène aussi à l’émotion, car « ce langage corporel, non oral, permet d’écarter beaucoup de limites qu’on se met avec la parole ». Profitons du voyage, laissons-nous porter.

Texte : Léa Cesari
Photos : Samuel Buton