Vous pensiez assister à un concert et participez finalement à une expérience de connexion quasi spirituelle aux éléments et aux émotions. Sur scène comme en dehors, La Chica, Sophie Fustec de son vrai nom, en plus d’être charismatique est très sympa. Interview backstage à Musiques sous les étoiles, de cette géniale artiste qui revient le 22 octobre au 6MIC.
Quel a été ton parcours artistique avant La Chica ?
J’ai accompagné pendant plusieurs années des artistes, au piano et au clavier, puis j’ai fait partie d’un groupe de polyphonie vocale, avec deux autres chanteurs, 3somesisters. Nous avions la particularité d’être drag-queens. Moi j’étais ce qu’on appelle une faux-queen, c’est-à-dire une femme qui se drag en femme et qui sème le doute sur son genre de départ. Ce groupe m’a aidée à développer la voix et à avoir un nouvel apprentissage scénique sans instrument, ce qui était très étrange pour moi au départ. Nous étions outrageouset insolentes à souhait ! C’était très agréable d’être sur scène avec un personnage, ça permet d’être exactement qui tu veux sans crainte d’être jugée. J’ai ensuite fait le choix de développer seule La Chica car j’avais trop de choses à dire.
Tu as justement un univers visuel très fort, est-ce important ?
Oui parce que je considère l’art comme global. J’ai besoin, à travers la musique, qu’on ressente la danse, les couleurs, les images. Très vite, j’ai eu envie de m’intéresser à cet aspect-là et le visuel est venu se greffer en parallèle de la musique. Je sais m’entourer de personnes qui vont réussir à traduire les images que j’ai en tête, parfois très abstraites et qui peuvent même être de l’ordre de la communication nerveuse.
«Je trouve autant d’inspiration dans une ville bruyante que dans une nature qui me soigne.»
Tu sembles être autant inspirée par la ville que par des éléments naturels.
Oui, il y a beaucoup de contradictions entre mes sources d’inspiration. Il y a le côté très citadin, urbain, qui vient avec un certain engagement humaniste, un activisme qui passe par l’art. Les histoires des gens et la rue me passionnent. Et, en même temps, j’ai un besoin infini d’être dans la nature, toute seule, en connexion vraiment suprême avec les éléments, de ne parler à personne, ce qui installe un autre type d’engagement en moi : celui du respect de l’instinct et de l’intuition. En ville tout est géométriquement fait pour que l’on soit en scission. Donc j’ai besoin d’aller voir des grands espaces où il n’y a pas de géométrie. Je pense que le besoin d’ordonnée de l’humain est une névrose. Je trouve autant d’inspiration dans une ville bruyante, en voyant des situations et en me disant « tiens j’ai envie de parler de ça », que dans une nature qui me soigne. Un chaos mental est retranscrit dans ma musique et, à la fois, on y retrouve un apaisement. L’apaisement physique vient au moment où le corps va reprendre le dessus, quand j’essaye d’éteindre l’esprit.

J’ai pensé à Bjork en découvrant ta musique. Est-ce l’une de tes influences ?
Bjork n’est pas une artiste que j’écoute énormément parce que sa musique vient nourrir et alimenter mes angoisses et mes névroses, et je n’ai pas besoin de ça ! Sa musique me tend, me stresse, donc je ne peux pas écouter plus d’une chanson. En revanche, je suis très admirative de ce qu’elle représente. Nous avons des approches similaires du chant, une absence de vibrato chez elle, et moi je fais très peu de vibrato aussi. On va chercher à aller provoquer une émotion, pas la générer, mais la provoquer en allant un peu au-delà de la limite, presque avec du faux. On sort du beau, on va chercher le vrai d’une manière brute. Cela se retrouve généralement plutôt dans les musiques folkloriques. Bjork est la seule chanteuse mainstream qui fait ça.
«Je suis très fan de jazz et le jazz ne parle que de ça, de connexion spirituelle, de dénonciation et de transformation. »
Y a-t-il des artistes qui t’inspirent ?
Je crois que c’est plus un état d’esprit qui m’inspire, une démarche. Mais je suis assez fan de pas mal de groupes ou chanteurs des années 60 et 70, parce que j’ai l’impression que c’est une période où il y a eu énormément de rébellions contre l’ordre établi. Je suis très fan de jazz et le jazz ne parle que de ça, de connexion spirituelle, de dénonciation et de transformation. Donc je dirais le jazz, le rock sixties ou des artistes comme Patti Smith, par exemple. Je suis toujours fan de ses discours, à chaque fois qu’elle prend la parole, je trouve ça juste. Ça, clairement, ça m’inspire.
Pourquoi as-tu fait ce choix de chanter quasi exclusivement en espagnol ?
C’est la langue qui est reliée à mes émotions. C’est la langue de ma mère qui est vénézuélienne. Et je pense que j’ai écouté beaucoup plus de musiques en espagnol qu’en français dans ma vie. En plus c’est une langue qui sonne, c’est une langue qui permet d’aller projeter. Quand on a un parent latino ça prend de la place à la maison ! Dans la manière de parler, dans les choses qui vont être racontées, dans les gens qui viennent à la maison aussi ! Mais je me sens assez hybride, entre un côté latin, très développé, et aussi un côté très européen.

Propos recueillis par Clara Hebert et Léa Cesari
Photos : Wax-Musiques sous les étoiles