En plein cœur d’Aix, l’atelier de Stéphanie Wirkel Tur est devenu, en l’espace d’un an, un havre pour les œuvres en quête de renouveau. La restauratrice, qui s’est offert une nouvelle trajectoire en ouvrant Artenicia, redonne vie aux tableaux et objets d’art, portée par son exigence et le respect de leur histoire.
Des fioles à pigments aux multiples nuances, une table pour établir les diagnostics, un bureau débordant d’outils et de documents, des chevalets disposés çà et là. Lorsque l’on pousse les portes de l’atelier Artenicia, on est tout de suite saisis par la poésie du lieu et cette impression singulière d’entrer dans un monde à part. Les œuvres en attente de renouveau y abondent, formant une polyphonie de styles et de couleurs. Deux portraits familiaux répondent à un grand tableau contemporain, tandis que de petites pièces italiennes à la forme originale habillent l’espace.
Cet atelier n’est pas seulement le lieu où renaissent les œuvres, il incarne aussi une forme de renaissance dans la vie de Stéphanie. Longtemps, elle a travaillé auprès de collectivités territoriales, musées, centres d’art et même au sein d’un site patrimonial classé monument historique, dans une proximité encore timide avec les objets qu’elle côtoie aujourd’hui au quotidien. Avant d’ouvrir Artenicia, Stéphanie s’est formée dans l’atelier d’une restauratrice aguerrie auprès de qui elle a pu exercer ses yeux comme ses mains, affinant son regard artistique et la précision de son geste. Un heureux hasard a ensuite fait office de véritable baptême professionnel : la formatrice, fermant son atelier pour rejoindre une entreprise, lui a alors confié sa clientèle.
Entre rêve et exigence
Toujours débordante de nouvelles idées et portée par une énergie que rien ne semble pouvoir tarir, Stéphanie ne manque pas d’ambitions pour l’avenir de l’atelier. Si elle rêve aussi grand aujourd’hui, c’est en partie grâce au soutien de son fils. En charge de la communication d’Artenicia, il veille également à canaliser la tendance au perfectionnisme de Stéphanie qui ne compte pas ses heures. Sourire aux lèvres, elle confie : « On a plein de projets pour ce bel atelier ! Au début c’était un atelier de tableaux, puis on en a fait une agence de restauration où on peut répondre à pas mal de demandes ! Et aujourd’hui, l’idée c’est de se développer dans d’autres villes et, dans l’idéal, à l’étranger. »

Derrière cet enthousiasme se cache une réelle émotion. Les yeux de l’artisane brillent lorsqu’elle évoque les trésors que ses clients lui confient et cette mission qui devient sienne : préserver la part d’histoire qu’ils renferment. Au-delà des souvenirs auxquels ils sont liés, ces ouvrages sont aussi marqués par la patte d’un artiste, qu’elle se tient responsable de ne pas trahir. Et, elle n’est pas sans savoir qu’à travers chaque geste précis qu’elle pose sur ces toiles et objets, elle construit la réputation de son entreprise naissante. Cette exigence qu’elle s’impose alimente son perfectionnisme, la poussant parfois à passer des heures à chercher la teinte de pigment exacte qui fera resplendir à nouveau un tableau. Elle se souvient notamment d’un bleu, couleur dont la quantité de nuances rend la quête difficile, qui lui a donné beaucoup de fil à retordre.
Ce métier, riche en apprentissages et en découvertes, lui permet d’approcher des intérieurs impressionnants et insolites, semblant tout droit sortis d’une autre époque ou d’un film. C’est notamment le cas lorsqu’elle se rend chez des collectionneurs d’art ou des châtelains. Mais elle côtoie aussi de nombreux « monsieur et madame Tout-le-Monde », dont les œuvres ont avant tout une valeur sentimentale. Stéphanie confie alors adorer ce métier, qui la nourrit d’une passion nouvelle et lui offre l’indépendance propre au statut de cheffe d’entreprise. Néanmoins, elle mesure également les effets qu’il peut engendrer sur l’équilibre du quotidien. Son atelier étant aussi son lieu de vie, la tentation est grande de se plonger dans une rénovation, de jour comme de nuit, à s’en oublier elle-même. Derrière ce métier qui fait rêver, elle rappelle tout de même que se cachent la fragilité financière et les tâches administratives chronophages qu’exige le statut d’indépendant.
Grâce au réseau qu’elle s’est créé, la restauratrice peut s’appuyer sur des professionnels d’exception pour les pièces qui dépassent sa spécialité. Plusieurs artisans peuvent être amenés à travailler en simultané sur un même objet, nous explique-t-elle. C’est par exemple le cas d’un grand trumeau au cadre doré, pour lequel elle a fait appel aux conseils d’un spécialiste du verre et de la céramique ainsi qu’au savoir-faire d’une doreuse. Au total, ce ne sont pas moins de dix-neuf restaurateurs, chacun expert dans un domaine précis, qui l’accompagnent aujourd’hui dans ses ouvrages.
Un travail pour les générations à venir

Mais, au-delà de la préservation de l’histoire sentimentale d’une œuvre de particulier, Stéphanie aspire aussi à restaurer le patrimoine culturel. Ce qui fait sens pour elle c’est « qu’avec ce métier on pérennise les choses pour les générations à venir ». Une mission qui pourrait même l’amener à l’autre bout du monde si son savoir-faire l’y conduit. Pour l’heure, elle aimerait aussi se mettre au service des institutions, ce pour quoi elle doit d’abord obtenir un master conservation-restauration des biens culturels, indispensable à la manipulation d’objets classés « monuments historiques ».
La quinquagénaire avoue avoir l’impression de « courir après le temps », exaltée par la concrétisation de tous ces rêves, chaque jour plus nombreux. D’autant plus qu’ils ne se limitent pas à la restauration. Ayant à cœur de soutenir l’attachement de son fils aîné à l’écologie et son amour pour les tortues, elle aimerait monter une fondation pour leur sauvegarde en Méditerranée. Derrière cette aspiration, on retrouve l’envie de transmettre, de préserver et d’offrir le meilleur aux générations futures qui importent tant à Stéphanie.
Texte : Cara Fabre et Ahès Fabre
Photos : Ghislène Ghouraib