Alice Rende, toute en souplesse à la Biennale d’Aix

C’est dans les espaces contraints qu’elle s’exprime le mieux. La contorsionniste aixoise Alice Rende présente pour la Biennale d’Aix sa performance Passages. Elle y déroule, coincée dans une étroite cage transparente et oppressante, une narration vertigineuse et sensible. 

Dans l’imaginaire collectif, la contorsion est une discipline curieuse, étrange voire dérangeante. Observer une personne se tordre le bras en arrière ou bien atteindre son omoplate avec son pied provoque même chez certains une forme de dégoût. C’est ce rejet qui intéresse Alice Rende : « En étudiant les arts du cirque, j’ai trouvé que la plupart des disciplines renvoient à une image héroïque. En revanche, la contorsion est un endroit plus fragile ». 

Formée aux arts de la scène à l’université fédérale de Rio de Janeiro, Alice Rende a installé sa compagnie AR à Aix-en-Provence. Dans ce solo Passages, créé en 2019 et qu’elle réinterprète à l’occasion de la Biennale d’Aix, l’acrobate se meut dans un rectangle de plexiglas de 64 centimètres de large pour 4 mètres de haut. Un espace particulièrement contraint conçu sur mesure : « J’ai mesuré mon corps pour calculer les postures que je pouvais faire. L’idée c’était de créer un espace qui me force à me contorsionner ». Emprisonnée dans le minuscule habitacle, le corps appuyé contre les parois, elle déploie une narration du mouvement dont l’interprétation reste ouverte. 

Quand l’espace raconte l’histoire

Contrairement à d’autres de ses réalisations, ce solo est destiné exclusivement à des espaces non dédiés : il prend place dans la rue, une église, un hôpital… et s’installe ce 12 juin dans le parc de la Fondation Vasarely. Un lieu qui sonne comme une évidence tant le plexiglas de la cage entre en résonance avec celui utilisé par Vasarely dans plusieurs de ses œuvres. Pour Alice Rende, le décor est crucial car c’est lui qui donne la tonalité à la représentation : « En fonction de son lieu, le spectacle change complètement ». 

Cette chorégraphie qui déploie une histoire sans parole a aussi pour but de déplacer l’image de la contorsion, celle-ci étant habituellement perçue comme une prouesse physique plutôt que comme une discipline artistique. Alice Rende explique : « Je place ce solo dans des espaces quotidiens, de manière à ce que le public soit davantage pris dans l’histoire racontée, et non pas dans une sorte de démonstration physique ». Un voyage émotionnel stupéfiant, empli de questionnements intérieurs et métaphysiques. À ne pas manquer. 

Le vendredi 12 juin à 19h au parc de la Fondation Vasarely.

Texte : Paul Jouve-Cargnino
Photos : Shirley Dorino