La Passeggiata de Chiara Camoni à la Biennale d’Aix

Après la Biennale de Venise, où elle a représenté l’Italie, Chiara Camoni est à la Biennale d’Aix. Son exposition La Passeggiata (d’après), composée de plusieurs de ses sculptures emblématiques qui mêlent pratiques ancestrales, dimension collective et lien au vivant, est à retrouver à la Chapelle des Andrettes, jusqu’au 7 novembre.

Promenade à l’italienne

Telle une promenade, l’exposition La Passeggiata (d’après) est une invitation à découvrir un territoire où les œuvres deviennent paysages et où l’acte créateur est prétexte aux rencontres entre vivant(s). Cette proposition portée par le programme de résidence « Voyons voir », pour la Biennale d’Aix 2026, a été pensée pour s’intégrer à la Chapelle des Andrettes, ancienne église désacralisée qui jouxte le collège Mignet. 

Née à Plaisance, en Italie, en 1974, Chiara Camoni, plasticienne majeure de la scène italienne contemporaine, vit aujourd’hui dans un petit village des Alpes Apuanes. Sa démarche artistique se nourrit d’un travail artisanal qui puise son intérêt davantage dans l’expérience et le geste créatif que dans la finalité plastique des œuvres. Celles-ci sont cependant remarquables de présence et de beauté, comme la sculpture Sisters, ces grandes figures totem constituées de terre cuite et de matières végétales séchées qui semblent pousser les unes avec les autres. Ici, la multitude de détails forme un tout magistral. Céline Ghisleri, co-commissaire de l’exposition, résume « les Sisters sont de magnifiques statues imposantes composées de multitudes de petites choses insignifiantes. On peut y voir une ode à la nature, une ode à Déméter ». 

Une ode à Déméter

La pratique de Chiara Camoni se fonde sur l’utilisation principale d’éléments végétaux : argile, terre, coton, chanvre, cendre, sable, fleurs séchées… qui confèrent à ses œuvres, sculptures, vases en céramique ou encore estampes, un aspect intemporel, voire archaïque, certaines installations pouvant même évoquer des chantiers archéologiques. L’artiste revendique la transmission à travers un savoir-faire vernaculaire qui a l’avantage de s’éprouver physiquement. « L’approche artisanale fournit un schéma d’étapes préétablies qui permet aux personnes d’entrer facilement dans le processus de création, ce qui est bien différent du geste “absolu” et imprévisible qui caractérise souvent le travail de l’artiste. J’ai toujours considéré comme intéressante cette zone de frontière entre l’art et l’artisanat, en percevant dans leur hybridation un grand potentiel. Nous avons besoin de revenir aux corps, aux gestes, au faire avec les mains », précise-t-elle. 

Chiara Camoni enrichit sa pratique du rapport au collectif, essentiel pour elle qui conçoit ses œuvres avec ses proches — comme avec sa grand-mère avec qui elle avait réalisé une première série de dessins, il y a plusieurs années —, ou des personnes rencontrées à l’occasion d’ateliers. « En travaillant en groupe, on perçoit de petits événements, on assiste à des étapes intermédiaires destinées ensuite à disparaître, mais qui possèdent pourtant la force de véritables épiphanies : elles nous rapprochent, créent un lien particulier et nous rendent participants d’un même émerveillement », confie l’artiste. Un temps de création collectif est d’ailleurs proposé le 10 septembre à la Sainte-Victoire, site choisi comme un paysage propice à la rencontre, où les participants pourront récolter des végétaux avant de créer ensemble, sur place, une œuvre qui rejoindra ensuite celles exposées à la Chapelle des Andrettes. 

L’art de l’aléatoire

Comme une manière de mieux souligner leur proximité avec le vivant, l’aléatoire et le fragile sont aussi parties prenantes des créations de Chiara Camoni. Pour Juliette Rizzi, co-comissaire, ces œuvres « ne cherchent pas la perfection ou la maîtrise absolue ; elles assument au contraire les variations, les accidents et les traces du temps ». Ce travail, dont la pratique repose sur une dimension rituelle et sur une forte volonté de transmettre et de rassembler, ne pouvait trouver meilleur décor que cette Chapelle des Andrettes, ancien édifice sacré marqué par les signes du temps. 

Exposition La Passeggiata (d’après), à la Chapelle des Andrettes, 41-46 rue Cardinale, jusqu’au 7 novembre, en accès libre les mercredi, jeudi, vendredi et samedi. 

Texte : Léa Cesari