Le Blues de Meyreuil, authentique hymne local

Le Blues Roots Festival revient du 10 au 12 septembre 2026 au Domaine de
Valbrillant et sa merveilleuse vue sur la Sainte-Victoire. Éclectique, la
programmation sera l’occasion de s’immerger au cœur des tonalités Blues d’hier et
d’aujourd’hui, qui font si justement écho à l’histoire de Meyreuil.

Héritage des chants de travail des esclaves afro-américains, le Blues est né au XIXe siècle
dans le Sud des États-Unis. Expression puissante d’une volonté d’émancipation, ce
courant permet d’expier et de dépasser la souffrance, mais aussi de faire vibrer l’espoir et
la rébellion des âmes endurantes. Après l’abolition de l’esclavage, beaucoup d’afro-
américains émigrent vers le Nord du pays avec pour objectif de trouver un emploi dans
les grandes industries. C’est à travers ce voyage que le Blues évolue et s’adapte à ses
nouveaux environnements. Des nuances voient le jour sous l’impulsion des différents
instruments qui lui donneront vie : l’harmonica, la guitare électrique, le piano, mais aussi
et surtout les voix chargées d’intentions.


Pour la ville de Meyreuil au passé minier important, le Blues s’apparente à un authentique
hymne local. En 2019, la première édition du festival est lancée sous l’impulsion du maire
de la commune, Jean-Pascal Gournes, avec la volonté de faire connaitre cette musique
au plus grand nombre, notamment via des concerts pédagogiques et des jam sessions
publiques. Durant le festival, une jauge de spectateurs est privilégiée, offrant une bulle
intimiste entre public, artistes et Sainte-Victoire. Pour André Carboulet, directeur
artistique du Blues Roots, le festival a survécu par miracle à la crise sanitaire : « Si le Bon
Dieu existe, il aime le Blues ». Un défi rendu possible également grâce au soutien
indéfectible des 60 bénévoles, qui chaque année se rendent disponibles avec ferveur,
pour faire de ce rendez-vous musical une grande fête de partage et d’espoir.

Errol Linton

Les artistes programmés pour cette 8e édition illustrent parfaitement les différentes
générations et manières de servir ce chant du cœur. La soirée de lancement du
10 septembre est confiée à deux chanteuses. L’une française, l’autre américaine, Elise
Franck et Shemekia Copeland offrent un dialogue universel aux tonalités rock et soul,
agrémenté de puissance vocale et d’une présence scénique de haut vol. Le 11 septembre
offrira aux festivaliers une représentation du prodige Jamiah Rogers, et de l’étoile de la
nouvelle génération D.K. Harrell ; ces deux chanteurs-guitaristes américains rendent
hommage au Blues classique en y apportant une touche de modernité. Enfin, la soirée de
clôture du 12 septembre sera l’occasion de voir Errol Linton, pointure de la scène
britannique, et Larry McCray, pilier américain, exprimer leur Blues généreux et
authentique, à travers l’harmonica pour le premier, et la guitare électrique pour le second.

Shemekia Copeland

Selon André Carboulet, expérimenter le Blues Roots Festival « c’est la garantie de vivre un
moment musical d’émotions et de partage » qui « dépasse la musique ». Ce grand
passionné ne cache pas son espoir qu’un jour « le Blues sauvera le monde ». Gageons, en
tout cas, qu’il continue d’apaiser nos mélancolies.


Les mines de Meyreuil

La célèbre Centrale thermique de Gardanne-Meyreuil, appelée aussi Centrale de
Provence, est aujourd’hui une centrale biomasse, c’est-à-dire produisant de l’énergie à
partir de bois et de déchets végétaux. Elle est implantée sur une ancienne mine de lignite,
charbon présent dans le sous-sol de la région qui était brûlé principalement pour produire
de l’électricité. Elle était donc une centrale à charbon, et fut même l’une des dernières en
France à exploiter ce combustible fossile, la dernière unité de charbon ayant cessé
en 2018.

L’exploitation sur la commune de Meyreuil commence au début du XXe siècle, et,
au fil des décennies, la production annuelle ne cesse d’augmenter faisant appel à une
main d’œuvre étrangère qui s’installe dans la commune où elle reçoit un accueil
globalement chaleureux. Parmi ces nouveaux mineurs, des Républicains espagnols
ayant fui le régime franquiste et qui sont arrivés en France en 1939. Leur exode, appelé
« La Retirada », se déroule dans des conditions extrêmement précaires : les hommes sont
d’abord regroupés dans des camps de concentration, notamment à Argelès-sur-Mer.

Puis, après l’armistice de 1940, des GTE (Groupements de Travailleurs Étrangers) sont
organisés par le gouvernement de Vichy. C’est dans ce contexte que le 6e GTE arrive à
Meyreuil pour travailler à la mine. 296 hommes deviennent ainsi de nouvelles « Gueules
Noires ». Les conditions de travail sont particulièrement rudes : pénibilité physique,
insécurité, rythmes infernaux. Une lutte s’organise pour l’amélioration des conditions de
travail, jusqu’à aboutir à une grève victorieuse en janvier 1943.

À la Libération, fin 1944, le6e GTE de Meyreuil est dissous et les travailleurs étrangers deviennent alors des travailleurs libres. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’exploitation du minerai
s’est poursuivie de manière exponentielle avant de s’effondrer brutalement durant les
dernières décennies du XXe siècle.

Le Blues Roots Festival a lieu du 10 au 12 septembre 2026 au Domaine communal de
Valbrillant, à Meyreuil.

Texte : Karen Ghozland
Photos : (couverture) Christian Montajol / ACB / Clan Cruickshank / Victoria Smith