Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, quand la musique ouvre les frontières

Chaque été à Aix-en-Provence, de jeunes musiciens venus de tout le bassin méditerranéen sont réunis par le Festival d’Aix pour apprendre, composer et jouer ensemble. Plus de quarante ans après sa création, l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée (OJM), né d’une ambition à la fois artistique et politique, accompagne toujours de jeunes artistes vers la vie professionnelle. Il défend aussi une conviction forte : la rencontre et la paix peuvent se jouer en musique.

La diplomatie par la mobilité musicale

« Une utopie nécessaire », c’est avec ces mots que Pauline Chaigne, directrice adjointe de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, décrit ce projet créé en 1984. À l’origine, l’OJM s’inscrit dans une volonté politique de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur de renforcer ses liens avec les pays du bassin méditerranéen. « C’était une initiative plutôt politique, parce que la région souhaitait se positionner comme un lieu de coopération entre la France et tous les pays voisins qui sont en Méditerranée. » 

Le projet s’inscrit aussi dans la mouvance des orchestres de jeunes qui se développent un peu partout dans le monde durant les années 1980. Leur objectif : accompagner les musiciens dans leur passage à la vie professionnelle. Les conservatoires offrent une solide formation technique, mais ne reproduisent pas toujours les conditions réelles du métier d’orchestre. .Jouer en grand effectif, apprendre à écouter les autres pupitres ou trouver sa place dans un ensemble sont autant de compétences qui s’acquièrent en situation réelle. 

Avant de réunir les artistes à Aix-en-Provence, l’équipe de l’OJM mène chaque année une tournée de repérage dans plusieurs pays méditerranéens. Pauline Chaigne rencontre des partenaires locaux, conservatoires, universités et structures culturelles afin d’identifier de jeunes talents. Ce travail est essentiel pour constituer l’orchestre. Il met aussi en lumière les réalités très différentes auxquelles sont confrontés ces musiciens. Là où certains disposent de nombreuses opportunités internationales, d’autres vivent dans une grande précarité ou rencontrent des obstacles administratifs importants. 

Dans une carrière de musicien, la mobilité est essentielle. Mais, dans les pays en conflit, elle se heurte souvent à de nombreux obstacles. Pour certains jeunes artistes, financer un déplacement ou obtenir un visa relève d’un véritable parcours du combattant. Pour pallier ces obstacles, l’OJM prend en charge les transports, l’hébergement, la restauration, les visas ainsi que les frais liés à la formation. « Un jeune qui est sélectionné n’a strictement rien à payer pour participer à l’OJM. C’est un engagement absolument nécessaire », insiste Pauline Chaigne.

Les traditions musicales méditerranéennes se rencontrent 

À ses débuts, l’OJM est principalement centré sur la musique symphonique occidentale. Mais, rapidement, son identité méditerranéenne le conduit à élargir sa palette musicale. « Puisque nous sommes en Méditerranée, beaucoup d’autres expressions musicales de cet espace ont commencé à être accueillies », explique Pauline Chaigne. L’objectif n’est plus seulement d’interpréter des œuvres existantes. Il est aussi de permettre aux jeunes de s’exprimer comme compositeurs. Cette démarche est particulièrement pertinente pour les musiciens issus de traditions fondées sur la transmission orale. « Beaucoup de répertoires méditerranéens ne partent pas forcément de l’écriture, mais de l’oralité, de la mémoire et de la transmission », souligne la directrice adjointe de l’OJM.

Une fois réunis à Aix, les participants disposent de quelques semaines seulement pour former un véritable orchestre. Leurs pays d’origine ne sont pas leur seule singularité. Formations, techniques et gestes diffèrent également, enrichissant l’ensemble musical. Les jeunes apprennent à s’écouter, à trouver des repères communs et à construire une interprétation collective. Depuis sa création, l’OJM repose également sur un principe de transmission. Des professionnels accompagnent les jeunes artistes et leur transmettent leur expérience du métier. Depuis son intégration officielle au Festival d’Aix en 2014, l’OJM permet aussi aux participants de découvrir d’autres univers artistiques. Ils assistent à des opéras et, pour les plus chanceux, montent même sur scène.

Mais, au-delà de la formation artistique, l’OJM est surtout une expérience humaine. Pendant plusieurs semaines, les participants vivent ensemble, partagent un quotidien et découvrent les histoires de vie des autres musiciens. Une proximité particulière à vivre pour ces jeunes venus de territoires marqués par des tensions politiques et sociales. « Parfois, ce sont des jeunes qui viennent de pays ennemis », précise Pauline Chaigne. Pourtant, une fois réunis dans l’orchestre, la musique devient un espace de dialogue. Les nationalismes s’effacent alors au profit d’une collaboration au service du groupe. Les différences culturelles font ainsi éclore une richesse collective.

Cette expérience peut aussi influencer les trajectoires personnelles. Certains jeunes choisissent en effet de poursuivre leurs études dans d’autres pays après avoir découvert les formations artistiques de leurs camarades. Tous repartent avec un précieux bagage : l’envie de faire vivre une scène méditerranéenne plus ouverte, plus diverse et tournée vers l’avenir.

L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée présente sa composition collective, sous la direction de la nouvelle cheffe Sora Elisabeth Lee, le 20 juillet au Grand Théâtre de Provence.

Texte : Eva Morin
Photos : Festival d’Aix