Clément Cogitore, une Flûte enchantée et un parcours artistique en Provence

Après avoir parcouru le monde et ses institutions culturelles, de Séoul à New York, en passant par Pékin, Berlin, Paris, Londres, Clément Cogitore s’installe ce mois de juillet à Aix-en-Provence. L’artiste contemporain, réalisateur et amoureux d’opéra, y signe une nouvelle mise en scène de La Flûte enchantée, en plus d’un véritable parcours artistique dans la région entre Marseille, Aix et Arles. Rencontre. 

Quatre ans après sa première mise en scène très remarquée des Indes galantes en l’honneur des 350 ans de l’Opéra de Paris, Clément Cogitore signe cette fois, sur invitation du Festival d’Aix, une Flûte enchantée réinventée, présentée au cœur du Théâtre de l’Archevêché.

Formé au studio des arts contemporains le Fresnoy, c’est par la vidéo et l’installation que ce quarantenaire, qui vit et travaille entre Paris et Berlin, commence à inscrire son regard artistique. Une formation initiale qui irrigue aujourd’hui sa conception de la mise en scène et confère à son parcours une dimension rhizomique, évoluant sans cesse dans diverses directions. « Tout mon travail sur l’image, le montage et la vidéo influe sur la manière dont je projette mon imaginaire à l’opéra », précise-t-il. Un parcours artistique également profondément marqué par des rencontres. Lui qui est désormais enseignant aux Beaux-arts de Paris confirme : « ce qu’on transmet en termes de savoir ou de compétences techniques sont des choses qui peuvent s’apprendre assez facilement. Ce qui va changer c’est la rencontre avec l’enseignant et sa manière de concevoir l’art ».

Clément Cogitore débute toujours ses productions par un important travail de recherche, « d’abord, parce que j’aime ça, mais aussi car je pense, et surtout pour un opéra, qu’il faut savoir d’où ça vient ». Pour La Flûte enchantée, présentée pour la dernière fois au festival il y a onze ans dans une mise en scène de Simon McBurney, l’artiste est parti du contexte d’écriture et de l’intention de son compositeur. « Parfois ça nourrit et déclenche une vision particulière pour une scène, d’autres fois on s’en détache », explique-t-il. Il ajoute qu’une documentation trop importante peut vite devenir écrasante et réduire l’imaginaire créatif. « Ce qu’il y a dans l’œuvre elle-même peut suffire à m’inspirer des images. Ça a été le cas pour cette nouvelle mise en scène. » 

De l’image à la scène : la vision singulière de Clément Cogitore

C’est en 2022 que le Festival d’Aix, sur l’invitation à l’époque de Pierre Audi, propose de lui confier la reprise de cet opéra culte de Mozart. Une proposition particulièrement réjouissante pour l’artiste qui confie : « c’est une œuvre que je connaissais très bien, et qui réussit particulièrement aux artistes visuels de par sa dimension très féérique. On sent qu’elle a été écrite pour produire des images ». Nous sommes en effet loin du mélodrame psychologique romantique, « ici c’est presque un conte pour enfants ».

L’artiste a justement choisi d’amplifier la trajectoire initiatique des personnages principaux, Tamino et Tamina, en faisant commencer l’histoire durant l’enfance, explorant ainsi le passage de l’enfant à l’âge adulte. « Il y a une réflexion autour de la jeunesse dans l’œuvre. Sur ce qu’est grandir et appartenir à une communauté, et sur le couple qui est aussi un apprentissage de la vie. » Clément Cogitore a choisi de jouer avec son médium fétiche, la vidéo, faisant dialoguer l’action scénique avec plusieurs écrans et projections d’images surgissant en transparence. De quoi offrir au public – déjà au complet – un spectacle virtuose. 

Mais pas de panique pour ceux qui n’ont pu se dégoter de billet, l’artiste a également posé ses valises dans d’autres villes de la région : Marseille et Arles. Une coïncidence qui fait sens pour l’artiste : « mon projet pour les Rencontres de la photographie d’Arles est intéressant à relier avec la mise en scène du Festival d’Aix car il y a une même réflexion sur l’image et les archives ». Sera ainsi présenté à Arles un film de 35 minutes intitulé Memory Palace. Ce montage d’archives vidéo datant des Trente Glorieuses propose un récit sur le processus de mémoire collective à travers des archives amatrices et familiales. Au Mucem, son exposition Ferdinandea, l’île éphémère a été prolongée jusqu’à septembre 2026. Le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée a également prévu une soirée exclusive le 16 juillet avec une retransmission gratuite en plein air de La Flûte enchantée.

De quoi prendre le temps de flâner au Port Saint-Jean, découvrir l’histoire de cette mystérieuse entité terrestre puis de rêver d’un autre monde avec le chef-d’œuvre mozartien. « Cela fait finalement une sorte de petit parcours en Provence autour de mon travail sous différents angles. J’en suis heureux car, comme spectateur, j’aime bien pouvoir plonger dans le travail d’un artiste. Mon travail sur ces différents projets s’est fait sur un temps très long, donc il est inévitable que ceux-ci se chevauchent et que l’on puisse trouver des résonnances entre eux », se réjouit-il.

Quant à ses nouvelles idées de projets ? « J’aime beaucoup les opéras du début du xxe siècle, Debussy, Berg, Janacek, mais aussi des compositeurs contemporains comme Franscesco Filidei, qui est l’un des plus importants de notre génération. J’aimerais bien les mettre en scène un jour », confie-t-il. Ce dernier sera justement également présent au Festival d’Aix, avec cinq dates déjà complètes de son Accabadora au Théâtre du Jeu de Paume… auquel ne manquera pas d’assister Clément Cogitore !

Rendez-vous du 2 au 21 juillet au Théâtre de l’Archevêché pour La Flûte enchantée.
Jusqu’au 20 septembre au Mucem pour l’exposition Ferdinandea, l’île éphémère et le 16 juillet à 21h30 pour la retransmission de La Flûte enchantée.
Du 6 juillet au 4 octobre, Memory Palace à l’espace Van Gogh, à Arles

Texte : Clara Hebert
Photos : Jean-Louis Fernandez