Aix en Juin, l’opéra en joie

Parmi les évènements estivaux de notre région, l’incontournable Festival d’Aix-en-Provence ne cesse de sublimer les classiques de l’art lyrique. Aix en Juin, son prélude, offre des créations gratuites et accessibles au plus grand nombre. Zoom sur deux spectacles inédits qui font rayonner l’opéra à travers des formes populaires emplies de poésie.

L’opéra est-il vraiment devenu un art poussiéreux, réservé à une élite aisée, dont les œuvres se contentent de rester figées trois siècles en arrière ? C’est ce que l’on pourrait penser à en croire l’acteur Timothée Chalamet, qui déclarait récemment ne pas vouloir travailler pour des opéras ou des ballets, ces « trucs » dont « plus personne n’a rien à faire ». Une sortie qui a fait réagir dans le monde entier et à laquelle n’a pas manqué de répondre Timothée Picard, dramaturge et conseiller artistique du Festival d’Aix, au micro de France Culture : « l’opéra fait moins partie d’une culture partagée […] mais intéresse, passionne et provoque des émotions exceptionnelles à plein de gens ». 

Faire de l’opéra une culture partagée qui procure des émotions au plus grand nombre, c’est justement toute l’ambition portée par Aix en Juin. Timothée Picard, qui en a pensé la programmation, résume pour Flaix la conviction défendue par l’équipe artistique du festival : « on croit en cette forme, on croit à son potentiel de popularité et donc on a envie de la partager, c’est ça qui nous anime ». Les propositions d’Aix en Juin conjuguent ainsi dialogue entre les arts, exigence esthétique soutenue et volonté d’ouverture pour « partager des spectacles avec une communauté quelle qu’elle soit, composée d’amateurs d’opéra ou de néophytes ». Au-delà d’une volonté qui serait purement didactique ou pédagogique, l’artistique reste au cœur du projet pour « rendre les histoires certes lisibles, compréhensibles, mais aussi émouvantes, riches, complexes ». 

Parmi ces propositions originales, Orfeo Vacilla, d’après l’œuvre Orphée et Eurydice de Gluck, promet des moments suspendus. La pièce, née d’une collaboration inédite et d’un « désir réciproque » entre le Festival, le CIAM (Centre International des Arts du Mouvement), la compagnie Rasposo et l’Ensemble Vocal d’Aix-Marseille Université, allie opéra et art du cirque dans une rencontre surprenante. Le chef-d’œuvre de Gluck est ainsi porté par « une narration dans laquelle on retrouve des questions fondamentales autour de la vie, de la mort, de l’amour et de la prise de risque » explique Timothée Picard. Marie Molliens, directrice, metteuse en scène de la compagnie Rasposo et voltigeuse dans la pièce, voit cette proposition comme « un coup d’éclat ». Elle note d’ailleurs de nombreuses similitudes et complémentarités entre l’opéra et le cirque, considéré lui aussi comme un art total. C’est sous le chapiteau du CIAM, cadre unique pour une pièce d’opéra et condition imposée par l’artiste, que ces personnages, accompagnés par un orgue de barbarie et le chœur amateur d’étudiants d’Aix-Marseille Université, entraînent le public dans un voyage en apesanteur dans un univers où les questions fondamentales autour de la vie, de la mort, de l’amour, côtoient la prise de risque. Ainsi, la voix de contre-ténor d’Orphée, couplée au corps circassien d’Eurydice, met en avant l’instabilité et la vulnérabilité des êtres humains à travers le déséquilibre.

Dans une autre esthétique, la compagnie du Schmock, dirigée par Samuel Lachmanowits, proposera une pièce de théâtre d’objets inspirée de la célèbre Flûte Enchantée de Mozart. Une version épurée, délicate et poétique du conte initiatique, pensée pour parler à tous et notamment aux enfants : « ici, on imagine que Mozart et Schikaneder ont fait un rêve. Le décor prend alors place dans une chambre, et les objets de celle-ci fabriquent le spectacle ». Implantée dans la région aixoise où elle déplace son théâtre-caravane depuis une dizaine d’années, la compagnie déploie des petites formes, en utilisant les objets et l’espace qui les entoure, pour tisser des contes et des histoires. Samuel Lachmanowits qui travaille principalement avec les acteurs du tissu social et éducatif explique : « j’ai pour habitude d’aller vers le public, et surtout vers un public qui n’est pas forcément sensibilisé au théâtre ». Lui qui anime depuis plusieurs années des ateliers Passerelles durant le Festival, signe ici son premier spectacle programmé à Aix en Juin. Un défi passionnant et une rencontre des genres dont il est plus que convaincu : « l’important c’est que le public se rende compte que l’opéra est un art très accessible. Finalement, l’opéra, ça parle d’amour, de mort, d’amitié, de colère… Ce sont des œuvres sensibles, qui ne nécessitent pas de références pour les comprendre ».

Aix en Juin prouve une fois de plus que l’opéra est un art populaire accessible à tous. Tout en s’ouvrant à de nouvelles formes artistiques, ce prélude met aussi à l’honneur des compagnies et artistes locaux. Nul doute que, cette année comme les précédentes, ces rendez-vous continueront d’attirer, de plaire et de toucher… quoi qu’en disent les trouble-fêtes.

Aix en Juin est à retrouver du 12 au 30 juin à Aix-en-Provence.

Orfeo Vacilla : du dimanche 21 au jeudi 25 juin au CIAM. 
Spectacle d’objets inspiré de la Flûte Enchantée : vendredi 26 et samedi 27 juin à La Manufacture.

Texte : Paul Jouve-Cargnino & Léa Cesari
Photos : Christophe Raynaud de Lage / Compagnie du schmock