Marguerite, « comme la fleur », éclot sous les projecteurs de la Star Academy en 2024. Avec ses textes sensibles et ses mélodies singulières, l’artiste de 25 ans chante ses convictions. De son enfance à l’expression de son identité, elle incarne une nouvelle génération qui n’a pas peur de se dévoiler. Le 27 mars, elle poursuit sa tournée en passant par la scène du 6MIC à Aix-en-Provence, pour un concert déjà complet.
Dans ton EP, on retrouve beaucoup de références à ton enfance liées à des sentiments de mélancolie, de nostalgie, mais également un fort besoin d’évolution. Était-ce un choix évident pour toi de l’appeler Grandir ?
J’avais déjà écrit des chansons avant de trouver le titre du recueil. Je crois qu’il y avait quelque chose d’évident dans la mesure où, à la fois, je trouve que c’est un thème qui concerne chaque titre de l’EP, mais c’est aussi un thème qui concernait et qui concerne toujours ma vie en ce moment. Et je pense que c’est ça qui a fait que c’était évident. Il y a un double sens. C’est un peu le passé et le présent. Ça m’a toujours concernée et ça me concerne d’autant plus maintenant.
Tu évoques souvent le fait de trouver sa place notamment dans le titre « La maison », as-tu le sentiment de l’avoir trouvée aujourd’hui ?
Oui, totalement. Je pense que chercher sa place, c’est un peu universel. J’ai l’impression que tout le monde la cherche un petit peu, avec plus ou moins de difficultés. Et c’est vrai que moi, ça a été une grande question dans ma vie. Aussi parce que j’ai grandi dans une famille très nombreuse, que j’étais la plus petite, ça a été compliqué un peu de me frayer un chemin. Et j’avais l’impression que j’avais des refuges. Moi, c’était beaucoup le théâtre. Et ensuite, il y a la musique qui est venue. Et vraiment, le fait que maintenant ce soit mon métier, ça me permet de me dire que j’ai tous les jours de ma vie un espace dans lequel je me sens bien, dans lequel je peux m’exprimer. Et j’ai conscience que c’est une chance énorme. Et après, c’est une quête qui dure toute la vie.

Tu parlais de ta passion première pour le théâtre. Comment la musique est-elle venue à toi ?
La musique a toujours été présente. C’est quelque chose qui est aussi très familial. Mon père est collectionneur de vinyles. Il est un passionné absolu de musique. Et donc, j’en ai toujours écouté. J’avais mon grand-frère aussi qui était passionné de musique, qui jouait de la guitare, de la batterie, qui m’avait rempli mon iPod avec plein de chansons. J’écoutais ce que lui il écoutait. C’était vraiment un truc de transmission, de partage en famille. Mon prof de guitare a voulu me faire chanter. Il s’est rendu compte que ça sonnait bien. Et moi, j’ai adoré. Je me suis rendu compte qu’en grandissant, chanter me faisait énormément de bien. Vraiment, ça m’apaisait, ça me soignait. Donc, je l’ai beaucoup fait dans ma chambre. Et puis, le fait de faire du théâtre en parallèle, ça m’a permis d’avoir un espace pour chanter. C’est-à-dire qu’après, les profs de théâtre me faisaient chanter dans les spectacles. Ça s’est développé un peu comme ça.
Tes textes expriment un grand besoin d’expression de ton identité en même temps que l’inquiétude de répondre aux attentes des autres. S’exposer dans une compétition télévisée paraît dès lors assez paradoxal. Ces questionnements ont-ils été accentués ou au contraire apaisés par ton expérience à la Star Academy ?
En fait, je dirais que c’est deux choses différentes. Ce dont je parle dans mon EP, ça concerne plutôt les choses que j’ai ressenties durant mon enfance, mon adolescence. Et ce sont des questionnements que je traîne depuis très longtemps. L’aventure Star Academy, ce qui est paradoxal, c’est qu’effectivement, il y a forcément des codes qui sont très précis et qui sont venus un peu perturber tout ça. Mais la réalité aussi, c’est que ça a été un des premiers choix de vie que j’ai fait uniquement pour moi, sans me soucier du regard des autres. Je pars faire une émission de télé, je ne sais pas trop comment les gens vont réagir, mais j’en ai profondément envie et je sens que c’est mon chemin. C’est quelque chose que j’ai fait pour moi, et à l’encontre de l’image que les gens avaient de moi. C’est un paradoxe mais je l’ai fait pour m’accomplir et pour être alignée avec moi-même. C’était un choix délibéré. Donc, c’est aussi un refus de ce qu’on a voulu m’imposer ou de ce qu’on attendait de moi, d’y être allée.
Ça ne correspondait pas au rêve que tes parents avaient pour toi, par exemple ?
Mes parents m’ont toujours suivie dans mes choix. Mais c’était plus compliqué pour mon entourage, dans le sens, ce n’était vraiment pas commun autour de moi de faire ce genre d’émission. Donc, oui, ça a été un peu un truc que j’ai fait à contre-courant.

Tu portes des messages féministes et revendiques une forme de sororité, comme on a encore pu le constater récemment avec la scénographie de ton titre aux Victoires de la Musique. Est-ce que ça a toujours été évident pour toi d’utiliser ta notoriété pour faire passer des messages engagés ?
Oui, c’est évident. C’était évident pour moi quand je n’étais pas connue, dans le sens où ça a toujours été des combats, des questionnements que je portais. Au café, avec mes copines, c’étaient des sujets qu’on abordait et auxquels j’accordais une importance vraiment primordiale. Dans les repas de famille aussi. Ça a toujours été quelque chose que j’ai porté en moi et un peu une mission que je m’étais donnée. Et le fait d’avoir une plateforme maintenant, c’est encore plus génial. Il y a encore plus de personnes qui vont m’entendre et qui vont pouvoir être sensibilisées à ce qui moi me questionne. Et je pense que c’est hyper important et c’était absolument évident de continuer à porter ça dans mon parcours.
Ton titre « Les filles, les meufs » est rapidement devenu un hymne. As-tu le sentiment d’avoir réussi à capter ton époque avec cette chanson ?
Je n’arrive pas trop à m’en rendre compte parce que c’est un titre à l’origine qui est intime, donc c’est un phénomène qui m’a presque dépassée. Le succès me fait me rendre compte à quel point il y avait un besoin d’être représenté. C’est comme si les gens avaient besoin de cette chanson, autant que moi j’en avais besoin, et ça c’est hyper puissant comme phénomène. C’est bouleversant. J’ai l’impression d’avoir accompli quelque chose de fort, à la fois pour moi, mais aussi pour la société, les gens qui m’entourent.
Ton EP est sorti assez récemment et ta tournée a démarré il y a quelques mois. Comment gères-tu cette célébrité et la rencontre avec ton public ?
C’est trop bien, franchement c’est la meilleure chose. Moi je viens du théâtre, donc forcément la tournée c’était une des choses que j’attendais vraiment parce que j’aime profondément la scène et que c’est un des trucs qui me plaît le plus dans ce métier. J’avais hâte de retrouver aussi ce frisson-là, j’ai l’impression que la musique prend sens aussi quand on la partage et quand on fait la fête. Donc j’accueille ça avec beaucoup de joie et j’essaie de profiter aussi, surtout que là je suis dans une configuration avec des salles qui sont à des jauges plutôt réduites. C’est un plaisir parce qu’il y a cette chaleur et cette proximité. C’est hyper précieux et j’avais vraiment besoin de ça. Je trouve que c’est assez courant dans cette industrie de parler en chiffres, moi j’ai aussi besoin de voir des visages.
Tu connaissais déjà le milieu du cinéma par ton métier de casteuse. Cette expérience t’a-t-elle aidée à développer ta présence scénique et face caméra ?
Oui totalement. Je pense que par le métier que je faisais avant, j’ai un bagage qui me permet effectivement de mieux appréhender des moments sur scène, des moments filmés, des plateaux télé. Je pense aussi que la Star Academy c’est une super formation, ça m’a beaucoup aidée. Je crois aussi que ça m’a nourrie pour penser à mon projet d’une manière très globale, de penser aux clips, à l’image. C’est une vraie chance. Je prends beaucoup de plaisir à réinjecter des choses que j’avais aimé étudier quand je faisais du théâtre, que ce soit dans mes textes, dans la musique, et dans la manière de la présenter aussi.
Propos recueillis par Léa Cesari
Photos : Marina Germain