Rappeur de trente-trois ans, Georgio déploie depuis plus d’une décennie une poésie mélancolique et toujours réfléchie. En octobre dernier paraissait son sixième album, Gloria, une ode à la vie et quelque part aussi à son père, décédé avant l’écriture de ce projet. Entre engagements, liens familiaux, vie quotidienne et souvenirs, il explore dans ce nouvel opus ce qui le définit profondément. Son passage au 6Mic, le 7 février, est l’occasion de plonger dans cet univers où se dessine tout un monde, entre nostalgie et espoir.
Malgré son goût pour les lettres, ce n’est pas sur les bancs de l’école que Georgio, de son vrai nom Georges Édouard Nicolo, a trouvé sa place. Depuis ses quinze ans, il se réfugie dans le rap et particulièrement dans l’écriture de ses musiques pour affronter ce que lui réserve la vie. Au fil d’une scolarité mouvementée et des petits jobs en intérim qu’il enchaîne, son désir d’être artiste ne le quitte jamais. Une volonté qui sonne aujourd’hui comme un réel motif de satisfaction pour le jeune homme désormais accompli et dont la notoriété a débuté sur internet : « Je suis heureux de vivre de ma musique avant tout, de ma passion. »
De son amour pour la littérature, au cœur des albums Bleu noir et Héra, à son attrait pour le sport, mis en avant dans ce dernier projet Gloria, Georgio aborde des thèmes qui lui sont chers, jusqu’à livrer des fragments de lui-même. Dès 2015, dans son premier album, il évoque ses sources d’inspiration intimes, notamment sa grand-mère, avec qui il partageait un goût commun pour la lecture et la musique. Dans une industrie musicale très formatée, Georgio se distingue aussi par sa manière de convoquer régulièrement de grandes figures littéraires, de Blaise Cendrars à Maïakovski, de Romain Gary à Jacques Prévert.

Un hommage à la vie porté par le deuil
« Moi, je pense surtout à faire de la musique, un peu à l’instinct, en disant ce que je ressens, ce que j’ai envie de dire, par rapport à ce que je vis, où je me situe, ce qui m’indigne ou me touche», explique le jeune homme, quand on lui demande s’il perçoit une profonde différence entre Gloria et ses précédents albums. Il confie l’avoir pensé comme « une ode à la vie », d’où le choix du titre, « gloire » en italien. Un titre qui, à l’instar d’autres albums sortis récemment, comme Alba du chanteur Bekar et Rahma composé par Zamdane, peut évoquer en premier lieu un prénom féminin. Georgio admet : « J’aime bien le fait que ce soit un prénom. Et en plus, il y a ma mère sur la pochette de l’album, même si elle ne s’appelle pas Gloria. Avec ce titre il y a quelque chose de grand, qui peut être mystérieux et interprété comme on le souhaite. »
S’il considère que ce dernier projet est l’un des moins tristes qu’il ait réalisé, Gloria naît pourtant d’un événement douloureux : le décès de son père. Une perte qui teinte les différents morceaux, sans toutefois assombrir son univers musical. « Il y a beaucoup de références à la mort, à comment on la vit. Et en même temps, ce n’est pas forcément un album triste », résume l’artiste qui a apporté des sonorités de soul, jazz et blues à ce nouvel opus. C’est en traversant le deuil qu’il a su retrouver, après une période de page blanche, l’énergie d’écrire, avec une impulsion proche de celle connue à ses débuts. Une épreuve dont il sort transformé et finalement optimiste : « Pour moi, tout ça laisse des signes vers quelque chose de plus glorieux, justement, de plus festif. Je pense que quand on côtoie la mort, quand on la vit à travers des personnes proches de nous, ça donne aussi énormément d’énergie de vie, après la tristesse et la colère. »
« Quand on prend le micro, on a envie de se faire entendre »
De la famille aux injustices, en passant par l’amour qui est fondamental dans ses textes, Georgio façonne une écriture simple et poétique — riche de références à la fois classiques et issues de la pop culture —, avec laquelle il espère toucher le plus grand nombre. « Quand on fait de la musique, quand on prend le micro, on a envie de se faire entendre. Pour moi, la musique, c’est un partage. » Depuis ses débuts, le rappeur parisien reconnaît quelques évolutions dans ses textes désormais nourris par des idées plus mûres. Dans Gloria cela s’accompagne aussi de nouvelles sonorités, telles que celles permises par la batterie, et parfois une plus grande liberté formelle, comme lorsqu’il compose « Aucun drapeau blanc », morceau sans refrain. Ce qui demeure intact, en revanche, ce sont « les choses pour lesquelles [il s’] indigne, que ce soit des sujets de politique, de racisme, de classe sociale, de lutte de classes » qui motivent son besoin d’écrire et de prendre la parole. Une constante, qu’il résume simplement : « Le monde, il n’évolue pas tant que ça, finalement. »
« Ce n’est pas nos vies, c’est nos œuvres qui sont artistiques »
Pour l’artiste, ce partage avec le public passe aussi beaucoup par la scène, et il entend bien porter l’énergie de Gloria partout en France : « Je veux faire le plus de concerts possible, c’est ça qui est important. » Après une tournée européenne entamée fin 2025, de Barcelone à Londres, Georgio enchaînera les dates en France, à partir du 23 janvier 2026. Il fera notamment escale à Aix-en-Provence, au 6Mic. Pour le plus grand plaisir de son public, mais également pour le sien : « Le 6Mic, c’est une très belle salle, et on peut y recevoir beaucoup de monde. J’ai un super souvenir de mon concert sur la tournée d’Années Sauvages, du coup je suis trop content de revenir cette année. »
Propos recueillis par Ahès Fabre et Cara Fabre
Photos : @nrkuma